• B. Goudiaby

Sénégalais de la diaspora: Pourquoi temps de "N"


L'arrestation, le 9 juillet 2004 du directeur du journal privé Le Quotidien, et son inculpation pour «diffusion de fausses nouvelles, publication de documents secrets et d'informations pouvant provoquer des troubles politiques graves» avait suscité une mobilisation sans précédent au Sénégal ainsi que dans la diaspora sénégalaise. Pour nous à l’époque c’était normal de nous mobiliser pour défendre la liberté de la presse, la liberté d’expression et la démocratie. Aujourd'hui lire certaines inepties de la part de ce même confrère nous donne la nausée. Accepter d’être le porte-plume d’un régime à en perdre sa dignité nous interpelle et nous rappelle de mauvais souvenirs dans lesquels une certaine peine pyromane n’avait cessé d’attiser des braises allumées par des politiques en perte de légitimité et de stratégie ayant conduit au génocide au Rwanda.


Quelques jours après son embastillement, la quasi totalité de la presse sénégalaise à l’époque est allée jusqu’à dérouler un plan d’action qui aboutit à une “Une journée sans presse”. On est presque en droit de se poser la question à savoir si cette mobilisation était nécessaire pour peu que l’on s’intéresse à ce qu’est devenu ce “con-frère”.

“... on retiendra que sur les 105 députés élus au scrutin majoritaire, 15 d’entre eux sont des députés représentant les Sénégalais de l’Extérieur... C’est dire que l’équité politique devrait commander de revoir le quota des députés de la diaspora car on ne saurait faire la part belle aux Sénégalais de l’Extérieur...” peut-on lire dans l’article et quelques lignes plus loin il ajoute: “...Ainsi, devrait-on, en toute connaissance de cause, aller aux élections législatives malgré ces imperfections ou devrait-on les corriger?”

La question qu’il faille poser est de savoir quel est le projet d’un tel article. Il est vrai que de nombreuses imperfections sont à corriger dans le fonctionnement des institutions du pays, encore faudrait-il prendre par le bon bout surtout pour ce qui est des représentations à l’extérieur du pays. Il n’est pas nécessaire d’y revenir car comme on le dit chez nous: “Wakh bou yégue doff moko moom”.


Nous avions applaudi des quatre mains le référendum du 20 mars 2016 qui parmi les 15 points phares de la réforme constitutionnelle, nous avions scruté avec intérêt le point numéro 8 consistant à élire des députés issus de citoyens sénégalais disséminés aux quatre coins du globe. Évidemment, c’était une avancée majeure que de permettre aux sénégalais résidant à l’étranger d’avoir des représentants à l’Assemblée nationale en ce sens qu’ils apportent une contribution substantielle à la stabilité sociale et à la croissance économique, par les transferts d’argent aux familles, leur apport considérable au développement local par la construction d’infrastructures de base, ou encore, par les divers investissements consentis dans divers secteurs. Parce que les sénégalais vivant à de l’extérieur sont entièrement des citoyens à part entière. Par conséquent, ils doivent jouir de leurs droits et assumer leurs obligations dans leur plénitude et même aller plus loin dans l’exigence d’avoir leurs représentants dans toutes les instances de décision et institutions de la République. De l’autre côté de la clôture, on voit nos voisins maliens qui ont depuis longtemps mis en place le Haut Conseil des maliens de l’étranger et ça marche...

Quelle qu’en soit la dénomination, on pourrait regarder ce qu’a été le Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur qui n’avait somme toute besoin que d’une redynamisation et une modernisation. Ce Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur (CSSE) était conçu comme une instance de consultation, de concertation, de conseil du Gouvernement et de suivi de l’application de la politique de l’État en matière de gestion, de promotion et de protection des sénégalais de l’extérieur. Nous avons besoin d’une structure avec des attributions claires, des moyens conséquents pour prendre en charge les préoccupations de la diaspora de manière efficace et efficiente.

Ce qu’il faut aussi c’est une Direction générale des sénégalais de l’extérieur (DGSE) moins politisée, plus technique et plus compétente capable d’initier, de négocier et de mettre en place (avec l’aide des ressources internes du Ministère des affaires étrangères et des autres départements ministériels concernés) des conventions de sécurité sociale avec les pays d’accueil. La conclusion de conventions de sécurité sociale permettra à nos compatriotes immigrés notamment de pouvoir jouir, paisiblement, de leurs pensions et allocations de retraite chez eux (au Sénégal), de bénéficier de prestations médicales appropriées (eux et leurs ayants-droits) lorsqu’ils rentrent au Sénégal.


Cette question du nombre de députés des sénégalais de l’extérieur est dépassée. Nous devons nous pencher sur le bilan de cette première mandature. Mettons le curseur sur ce que ces quinze députés nous ont apporté. Malheureusement le bilan est très maigre. Ce qui a été frappant c’est que les députés élus ont d’abord été des députés de leurs partis respectifs qui ont relégué au loin le combat de cette diaspora qui mérite tellement ses représentants. Je n’ai pas le souvenir d’une tournée initiée par nos élus dans leurs circonscriptions respectives pour rencontrer leurs électeurs et discuter de leur vécu ou parler d’avenir sur la bases de leurs propositions.

Des députés qui pour l’essentiel ont presque méprisé les sénégalais de l’extérieur. Au moment où cette diaspora de par sa contribution annuelle dans l’économie de la nation malgré la conjoncture continue d’augmenter. Au moment où tous les sénégalais ont fini de reconnaître que cette Diaspora constitue un facteur déterminant dans la stabilité sociale de notre pays.

Si on parle de députés de la diaspora, cela veut dire qu’ils viennent siéger à la Place Soweto pour représenter une communauté et doivent retourner dans les pays-circonscriptions pour faire une restitution à ceux qui les ont élus. Et s’ils ne l’ont pas fait, alors ils sont des députés ‘’normaux’’ comme les autres.

Des responsables associatifs de la diaspora sénégalaise réfléchissent à la question d’avoir ou non leurs propres représentants qui leurs ressembles et qui connaissent leurs aspirations et qui ont surtout envi d’être leurs voix. Cette démarche est loin de faire l’unanimité mais la réflexion est en cours et doit être sérieusement mise sur la table de toutes les associations qui représentent les sénégalais vivant à l’extérieur comme c’est le cas actuellement au niveaux des différentes instances du Collectif des Sénégalais de la Diaspora, CSD, naît au lendemain de la crise suite au refus du rapatriement des corps des sénégalais morts à l’étranger pendant la première vague du covid-19.

Quoi qu’il en soit, cette composante qui peuple la quinzième région représente le quart de la population sénégalaise, participant de manière effective et constante dans le développement du Sénégal. Les sénégalais vivant à l’extérieur ne sont ni des parasites encore moins des souffres douleur pour personne et continuent à injecter dans l’économie du Sénégal plus que le montant de l’aide au développement. Ils ne doivent pas demeurer marginalisés dans les instances de prise de décisions. Ce n’est pas forcément en attribuant des députés à la diaspora que tous les problèmes des sénégalais de l’extérieur vont être réglés. Mais tout au moins nos députés les porteront au niveau de la représentation nationale et devant la Nation.


Le principe d’élire des députés de la diaspora étant acté par référendum ne saurait être remis en cause. Au sein de la diaspora, c’est à nous de défendre nos droits en tant que citoyens sénégalais. Pour nous, le débat doit se situer actuellement sur: comment choisir et élire ces députés dits de la diaspora. C’est le moment de faire des propositions dans ce sens.

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