• Roger Koudé

Marine Le Pen dit vouloir un siège permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations Unies


Roger Koudé, Professeur de Droit international

Titulaire de la Chaire Unesco "Mémoire, Cultures et Interculturalité" à l’Université catholique de Lyon. Son dernier ouvrage, (2021), intitulé "Discours sur la Paix, la Justice et les Institutions efficaces", avec la préface du Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix.


Marine Le Pen, la candidate à la présidentielle française, a déclaré le 14 avril dernier être prête à se battre pour que l’Afrique ait un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle promet également user de son influence pour que ce siège revienne au Sénégal: “Si je suis élue, je proposerais que l'Inde rejoigne les membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, ainsi qu’un pays africain qui pourrait être celui qui préside l’Union africaine. Cette réforme des instances internationales me paraît correspondre au monde d’aujourd’hui, ce monde multipolaire, et participera à la stabilité du monde. Pour tout vous dire, j’influerai pour que ce siège africain soit attribué au Sénégal, pays sage et respecté de la grande Afrique”.


Bien évidemment, il s’agit d’un propos de campagne qui, visiblement, cherche à séduire l’électorat français d’origine africaine qui n’est pas des plus favorables à la candidate du Rassemblement national (ex. Front national).


En réalité, Marine Le Pen ne fait pas véritablement preuve d’originalité en reprenant une idée vieille de plus 50 ans, une arlésienne pour tout dire, à savoir la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies.


Une question bien plus complexe…

Parmi les différentes hypothèses de réforme régulièrement émises, il y a effectivement celle portant sur l’augmentation du nombre des membres permanents de cet organe stratégique, possiblement avec un “droit de veto” chacun. Aussi passerait-on de 5 à 11 membres permanents, avec une possible répartition suivante: Afrique (2 sièges), Asie (2 sièges), Amérique du Sud (1 siège) et Europe (1 siège).

Il est frappant de constater que dans cette déclaration, la cheffe de file du Rassemblement national ne fait aucune allusion à l’Allemagne, qui est pourtant un candidat sérieux pour le seul siège qui reviendrait à l’Europe en cas de réforme effective du Conseil de sécurité. S’agit-il d’une omission involontaire ou d’une preuve supplémentaire de son intention de ne pas faire de l’axe Paris-Berlin une priorité, comme le lui reprochent d’ailleurs ses adversaires?

Marine Le Pen, dont le projet pour défendre la place de la France sur continent africain consisterait à mettre sur pied une union francophone et une politique de co-développement avec l’Afrique de l’Ouest, semble minimiser une autre réalité de la géopolitique africaine. En effet, en cas de réforme du Conseil de sécurité, ce sont plutôt les Etats anglophones, en particulier l’Afrique du Sud et le Nigéria, qui sont pour le moment les mieux placés pour accéder au statut de membres permanents.


Sur le fond, il faut dire que ce n’est pas tellement d’un siège de membre permanent du Conseil de sécurité dont l’Afrique a véritablement besoin qu’un ordre international plus juste et respectueux des principes fondamentaux consacrés par la Charte des Nations Unies. Par ailleurs, pour un continent qui est fréquemment victime des dysfonctionnements du Conseil de sécurité, avec parfois de lourdes conséquences, il n’y a pas d’intérêt à participer à une logique de paralysie récurrente de cet organe essentiel pour la paix et la sécurité internationales.


Il ne fait aucun doute que le désordre mondial, dont l’Afrique est l’une des principales victimes -avec parfois des conséquences tragiques comme ce fut le cas de la crise du Darfour au Soudan-, est en grande partie lié à l’usage abusif du fameux “droit de veto” des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Aussi les Etats africains gagneraient-ils en exigeant non pas un ou deux sièges de membres permanents au sein de cette institution onusienne mais plutôt la révocation pure et simple de ce “droit de veto”, qui n’est en réalité qu’une simple interprétation de l’article 27, alinéa 3 de la Charte des Nations Unies. Aussi la légalité même de ce “droit de veto”, sa conformité aux buts et principes de la Charte onusienne, tout comme son efficacité par rapport aux missions de paix et de sécurités internationales, restent absolument discutables.


L’une des questions de fond à ce sujet est justement de savoir en quoi l’augmentation du nombre des membres permanents du Conseil de sécurité profiterait à l’Afrique et serait de nature à éviter le blocage fréquent de cet organe essentiel des Nations Unies.


La France, une puissance de paix

Sur un autre registre, Marine Le Pen déclare vouloir faire de la France une puissance de paix, une ambassadrice du respect des peuples, le défenseur des pays sans voix et l’artisan d’un dialogue entre les nations…


L’idée n’est pas nouvelle en réalité et, là encore, Marine Le Pen ne fait pas preuve d’originalité. Mais la question est de savoir si la candidate du Rassemblement national, dont le socle idéologique ainsi que le programme politique sont bien connus, partage effectivement l’approche onusienne de la paix, telle qu’elle se dégage de la résolution 377 (V) de l’Assemblée générale du 3 novembre 1950 et intitulée Union pour le maintien de la paix. En effet, par cette résolution qui considère que la paix ne peut se résumer uniquement à l’absence de la guerre, les Nations Unies déclarent : “ […] il ne suffit pas, pour assurer une paix durable, de conclure des accords de sécurité collective contre les ruptures de la paix internationale et les actes d’agression, mais que le maintien d’une paix réelle et durable dépend aussi de l’observation de tous les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, de la mise en œuvre des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité, par l’Assemblée générale et par les organes principaux des Nations Unies pour assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales; et qu’il dépend, en particulier, du respect effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, ainsi que la création et le maintien des conditions favorables au bien-être économique et social dans tous les pays…”


Il n’est pas certain que cela soit la vision de la cheffe de file du Rassemblement national, Marine Le Pen.

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