• B. Goudiaby

Mais pour qui se prend-il?


Ce lundi matin lors d’un débat après mon exposé dans une prison de l’agglomération lyonnaise, une jeune femme m’interpella en ces termes: “Mais monsieur, vous n’avez pas l’air d’un délinquant...”. Je compris vite l’allusion de cette pensionnaire de l’établissement pénitentiaire.


Pour rappel Éric Zemmour lors d’un déplacement à la “Porte de la Villette”, colline du crack dans une émission télé avait affirmé que les délinquants noirs de France sont tous des “Sénégalais”. Comme le firent quelques initiatives d’autorités sénégalaises ou de la part de simples militants, cette insulte aux braves femmes et hommes d’origine sénégalaise par Zemmour doit recevoir quelques bonnes mises au points.

Il est vrai qu’en ces périodes pré-électorales et électorales, les états-majors politiques sont obnubilés et frileux face à la surenchère du plus virulent et du plus extrémiste face à la question de l’immigration. Et cette campagne présidentielle n’est pas en reste d’autant plus que les voix sont chères sur le front de la droite extrême française. Mais ce n’est pas une raison et il faut que cela cesse. S’en est trop. La France, étiquetée patrie des droits de l’homme est vue sous d’autres cieux comme un endroit où une bonne partie de sa population est sous respectée.

Ces abus totalement inacceptables perpétrés à l'encontre de toute une communauté en raison de sa couleur de peau sont une manifestation claire de la banalisation du racisme, de la xénophobie et de l'intolérance à l'encontre des minorités ethniques ou religieuses et des migrants en France. Cette énième attaque survient alors que la campagne de Zemmour bat de l’aile et que la gauche française n'a semble t-il pas ouvert toujours les yeux. Cette gauche qui dans une saignée sans précédent voit son "électorat naturel" des français d'origine immigrée s'éloigner peu à peu parceque se sentant abandonner au détriment de nouveaux paradigmes hasardeuses et d’arrêter de considérer les Africains vivant dans l'hexagone comme des enfants. Elle doit être honnête envers elle. Cette honnêteté passe par le respect d’abord.

Il serait plus simple de sourire de cette phrase facile et imbécile de Zemmour. Une répétition de l’histoire. Au contraire nous prenons le parti de rappeler à ce monsieur qui nous fait croire de son amour pour l’histoire que la France dont il espère gouverner un jour doit rompre avec certaines visions et pratiques ancrées dans ses relations avec l’Afrique. Cela pourrait sûrement expliquer l’usage du terme “Sénégalais” qui fait penser aux différents régiment de soldats africains venus combattre et défendre la France du nazisme.

Monsieur le candidat Zemmour, je n’ai pas la naïveté de croire que votre découverte d’une délinquance d’origine sénégalaise relève simplement d’un déficit de culture historique. Vos propos nauséabondes s’inscrivent en droite ligne dans cette vision qui engendre l’échec des politiques qui ne parviennent toujours pas à bien lire la composition contemporaine de la société françaises du 21ème siècle.

Laissez aux spécialistes de la sécurité la responsabilité de dire si la délinquance en France est ou non une question de couleur ou d’origine. Car eux seuls savent qu’il faut non seulement étudier les phénomènes en toute liberté, mais aussi avec une méthodologie éprouvée parce que discutée, ouverte et partagée entre experts de la discipline.

Renoncer à vous ériger en Clovis des sous-bois de la recherche historique et acceptez le fait que des “Sénégalais”, braves soldats arrachés à leur terre sont venus se battre en Europe pour que certains puissent aujourd’hui se permettre des écarts de langage comme vous en avez maintenant l’habitude.

Leurs descendants, après les rugueuses politiques d’ajustement structurel qui ont rendu exsangues nos économies et déstructuré nos sociétés, affrontent maintenant, sur de frêles embarcations de la mort, les mers et les politiques d’immigration de l’Europe. Alors que dans l’autre sens, arrivent des migrants qui entrent au et sortent du Sénégal au moins sans visa ni charter.

A entendre la violence de vos propos et sans réactions de la part des autres candidats, il est urgent de répondre à la question senghorienne: “Est-ce donc que la France n’est plus la France?”. Dans le poème Thiaroye, le président sénégalais, académicien “français” oppose la France de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, la France généreuse, humaine et combative de 1789 à la France de l’indigénat qui fait tirer la troupe sur les anciens combattants qui, au son du “C’est nous les Africains”, ont combattu le régime nazi.

Comprenons que la mémoire sélective d’un candidat déjà à bout se souffle alors que la campagne ne fait que commencer, s’enraille à force de débiter les mêmes inepties sur le grand remplacement ou que les maux de la France viennent exclusivement de l’immigration.

Nous avons du mal à comprendre pourquoi des hommes et femmes politiques de France n’ont toujours pas compris que l’identité de ce pays construite sous une dynamique en perpétuel métissage fasse de l’immigré son négatif en associant négativement l’immigration, majoritairement francophone, à l’identité nationale française.

Merci de nous laisser votre avis dans un esprit de respect de l'autre.
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