• B. Goudiaby

Levée des sanctions contre le Mali: Comme un goût de gâchis.


Le 3 juillet 2022, la 61ème session ordinaire des Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) s’est tenue au Ghana.

Quelques jours avant l’ouverture de ce sommet, des médiateurs des pays membres de la sous-région étaient venus exprimer leur soutien et leur solidarité au peuple malien et aux autorités de la Transition, tout en remettant au Président Assimi Goïta une copie des résolutions de leur assemblée tenue récemment à Ouagadougou.

Dans cette résolution, les médiateurs ont demandé à la Cedeao et l’Uemoa une levée immédiate des sanctions économiques imposées au Mali.

Hadja Awa Nana-Daboya, médiatrice de la République togolaise et présidente de l’Amp-Uemoa, avait déclaré: “Si nous ne réagissons pas, nous ne savons pas quels seront les prochains pays cibles” ajoutant: “Quand on pense que la Cedeao et l’Uemoa ont pour texte fondateur la défense, la protection de l’intérêt des citoyens de leur communauté, nous ne comprenons pas le sens de ces sanctions”.


Dans la même lancée, Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères avait indiqué: “Ce que nous attendons de la Conférence des chefs d’État qu’elle se situe dans une posture d’accompagnement de notre pays de pouvoir prendre en compte des avancées et de comprendre que le train a quitté la gare, le Mali est en train d’avancer et que la Cedeao puisse accompagner le Mali dans cet exercice”.

Le 4 juin 2022, lors d’un sommet extraordinaire à Accra au Ghana, la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait décidé de maintenir les sanctions imposées au Mali, la suspension du Burkina Faso de toutes les instances de la Cedeao jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel.


Comme traversés d'une brise de sagesse, les chefs d’Etat de la Cedeao ont lors de ce 61ème sommet ordinaire de la Cedeao levé les sanctions commerciales et financières qui étouffaient depuis janvier le peuple malien.

Il est vrai que la levée de l’embargo sur les transactions commerciales et financières était très attendue au Mali, épuisé par dix ans de conflit.

Mais aussi, pour nombre d’observateurs africains, l’irruption sur la scène publique malienne du colonel Assimi Goïta et les prises de position souverainistes de son pouvoir sonnent comme un nouveau départ pour le continent africain.

“Le destin de l’Afrique se joue au Mali”, ne cesse de répéter avec fierté le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, depuis plusieurs semaines. Comme pour dire que le climat sociopolitique malien est devenu la préoccupation de tout le continent africain.


En effet, la politique néocoloniale occidentale et particulièrement, celle de la France en Afrique a toujours préoccupé plus d’un membre de l’élite du continent noir. Combien d’intellectuels africains s’offusquent légitimement de la présence française dans le fonctionnement régalien des Etats africains.

Cette question comme tant d’autres ont sonné le glas de la révolte sur le continent africain incitant à considérer les nouveaux pouvoirs issus des récents coups d’Etat comme des éléments décisifs de rupture avec ce système de domination et d’exploitation néocolonial.

En effet, à son arrivée au pouvoir le 18 août 2020, le Colonel Assimi Goïta s’est résolument lancé dans une dynamique de changement d’avec les anciennes pratiques de gouvernance. Le peuple du Mali en descendant dans la rue s’était finalement inscrit dans une posture de réaffirmation de sa souveraineté. Cela conduira à la dénonciation de la présence militaire française au Mali en particulier et dans plusieurs pays africains (notamment au Sahel). S’y ajoute la tension suivie de la rupture des relations diplomatiques entre Bamako et Paris, sans oublier la résistance des autorités maliennes face aux exigences de la Cedeao par rapport à une transition courte.

Ce point particulier a fait contagion, puisque les transitions de la Guinée et celle du Burkina Faso se sont aussi inscrites dans cette posture presque de confrontation. Et, partout sur le continent, le colonel Assimi Goïta est finalement apparu comme un héros pour avoir lancé une politique tenant tête à la France macronienne. En renvoyant à la maison la force Barkhane, dont les neuf ans de lutte contre le péril terroriste n’ont pas convaincu, le pouvoir d’Assimi Goïta a inspiré un certain respect. L’arrêt de la diffusion des médias français comme Rfi et France24 au Mali et l’expulsion de l’ambassadeur de France au Mali, Bamako s’est résolument inscrit dans une forme de virilité diplomatique conforme à sa détermination à s’assumer comme un pays souverain qui tient à préserver ses intérêts. Cela a suscité de nombreuses sympathies de par le monde.


Autre fait marquant de ce 61ème sommet a été l’élection du président bissau-guinéen à la tête de l’instance sous-régionale ouest africaine. Umaro Embalo Sissoco succède à son homologue du Ghana, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, dont le mandat a pris fin ce 3 juillet 2022.

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