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L'enfer vu du Paradis.


Souvent le traitement de la question de l’immigration africaine en Europe se résume aux images des assauts des foules désespérés sur les barrières aux frontières européennes, ou encore de pittoresques pirogue hurlant toute leur envie de franchir les dangers de l’océan pour débarquer des candidats à une hypothétique immigration en Europe.

L’enfer et la dure réalité des candidats de moins en moins nombreux, il faut le reconnaître, c’est aussi en Europe.

Nous sommes habitués sous les tropiques à des familles satellites voir intergalactiques. Nous avons tous un lien avec un parent qui vit dans une localité, un village ou un hameau dont nous ignorons l’existence jusqu’à l’orthographe voir la prononciation du nom. Mais nous sommes toujours rassurés pour la seul et simple raison nous, nous sentons toujours partout à la maison. C’est cela la force de la société africaine.

Cette réalité s’éloigne en même temps que le pilote met les gaz pour propulser l’avion vers des hauteurs souvent inaccessibles à l’imagination de parents dont la préoccupation reste encore la résolution de l’équation posée par la “dépense quotidienne” surtout dans cette situation de flambée des prix de denrées de première nécessité.

L’enfer au paradis commence à l’arrivée. Souvent rassurés par des brochures en format quadrichromie qui vantent les richesses de telle ou telle région du pays d’accueil ou des diplômes de l’université de son choix, le candidat à la nouvelle aventure se retrouve soudain tout seul dans un vaste aéroport où la première impression reste la luminosité qui contraste connue jusque là.


L’échec de la phase transitoire


Prenons le cas de la France, il n’y a pas de ville où on ne rencontre pas d’association de ressortissants sénégalais, ou d’un village bien précis. Cependant, ces associations sont invisibles quand il faut assurer un rôle de passerelle et d’accompagnement à l’adaptation de nouveaux compatriotes qui arrivent. Là où ces associations pêchent c’est le plus souvent au niveau de la lecture des missions d’une association en France. Souvent les européennes qui voyagent vers l’Afrique reviennent subjugués par la solidarité dans nos pays que ce soit au Mali, au Sénégal, au Burkina, au Rwanda ou ailleurs. Le plus souvent on rencontrent au niveau du bureau, des membres qui ne connaissent pas les grands principes de fonctionnement d’une association, soit-elle de loi 1901, encore moins des notions d’un programme social ou culturel tels qu’on pourrait les entendre en France. La formation des cadres de ces associations devient une nécessité urgente.

Une autre des raisons qui explique l’échec des associations africaines est cette question sur lesquelles nous avions usé tant d’encre et de salive sur les bancs du collège et du lycée: le fameux conflit de génération. Entre “jeunes” et “vieux”. Ces derniers pèsent que leur expérience (certes précieux) n’a pas besoin du souffle nouveau et du savoir faire de cette jeunesse souvent mal-comprise et considérée insouciante.


Pendant ce temps il y a de la souffrance.

A l’occasion de la journée de lancement de la commission des femmes par la Commission Genre de la Raddho-diaspora de Lyon, les témoignages des femmes montraient à quel point la souffrance silencieuse est grande. Ces témoignages souvent étouffées par des larmes d’impuissance et de colères déroulent un tableau triste qui le reflet de la réalité de l’immigré africain en France (on peut facilement imaginer que c’est la même chose ailleurs).

Ce n’est pas mieux non plus chez les étudiantes. Entre le souci d’obtenir une autorisation de résider sur le territoire rendue plus difficile par un quota qui ne dit pas son nom du côté des préfectures et une arithmétique pour joindre les bouts financiers, les étudiantes se voient tentées vers des pistes sombres de la prostitution. Un sourire déchira mon visage quand je m’entendis répondre à la question sur la gestion financière du séjour, une jeune fille d’une intelligence accompagnée d’une beauté exaltée par le poème “Femme nue, femme noire vêtue de ta couleur; qui est vie” du président Léopold Sédar Senghor,

“Je suis chargée de clientèle”.

Ma fierté se transforme en dégoût quand je suis au bout du “conte” que mon interlocutrice est une “escorte girl”.

“Je m’occupe de procurer du plaisir à des hommes d’affaire de passage. Cela me permet de payer mes études et d’envoyer un peu d’argent au pays”. Rassure-toi à la fin de chaque mission, je fais mes prières et demande “pardon” au Bon Dieu.

“Porta Potty quand tu nous tiens...”

Je ne juge pas ces filles qui sont déjà accablées par le poids de la culpabilité et de la honte consciente d’une situation dont elles ne sont pas fières. Je voudrais tout simplement mettre en lumière une situation gangrène d’une génération.

“Presque chaque fille est une pute…” lâche une autre très en colère.

“Maintenant si tu es à un arrêt, on pense que tu attend pour te vendre”.

Cette affirmation témoigne de l’image qui se dégrade de ces africaines venues chercher le savoir et la réussite en Europe.

A Lyon, on se souvient encore d’Ange Mugeni, une jeune étudiante rwandaise retrouvée morte, dans des circonstances encore lugubres, dans un train, un matin dans l'aube estival du mois, de juin à Genève. Elle a été retrouvée dans les toilettes du train, agonisante, blessée à la gorge, se vidant de son sang, un couteau plein de sang à ses côtés. Les circonstances de sa mort ne sont pas toujours éclairées. On se souvient néanmoins que les enquêteurs privilégiaient la piste de la prostitution. Ce qui avait suscitait une très vive émotion dans la communauté noire de Lyon.

Loin de moi l’intention moralisatrice, nous sommes tous des pères, des mères, des oncles, des tantes, des cousins, des cousines, des frères et des sœurs. Je souhaite simplement que ces lignes, fruits d’une enquête et d’une lecture de plusieurs événements survenus en France. Je voudrais que cet article nous emmène vers une réflexion individuelle et collective de notre vie hors de nos pays d’Afrique.

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