• Bacary Goudiaby/Editorial

Hissène Habré est mort. Un ange s'en est allé?


Mort mardi 24 août 2021 en détention au Sénégal, pays qu’il avait choisi pour son exil et/où il avait été condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture, l’ancien président du Tchad Hissène Habré suscite des réactions et des analyses pour le moins surprenants dans la presse sénégalaise et chez certains acteurs des droits humains.


Nous avons l’habitude de dire avec le plus grand sérieux que les artistes d’Afrique sont en avance sur les hommes politiques et autres “es qualité”.

“Coups d’état démocratiques”, “Tortures démocratiques”, “Dictatures démocratiques”, ironisait le pape du reggae africain, Alpha Blondy.

Ce n’est pas parce qu’Hissène Habré se drapait toujours de blancs que le rouge écarlate du sang de ses victimes ne se voit pas sur l’immaculée supercherie cousue à coup de subvention à des familles religieuses, des associations et même certains groupes de presse.

Donc on comprend mieux pourquoi on rivalise ça et là de superlatifs pour saluer le "Combattant du désert", "homme des maquis": les qualificatifs abondent pour exalter ses qualités militaires du temps de sa superbe.


Avant de prendre le pouvoir par les armes au Tchad en 1982, Hissène Habré qui vit le jour en 1942 à Faya-Largeau, dans le nord du pays, s'était illustré comme chef de guerre. Il part étudier en France en 1963. De retour au Tchad en 1971, il rejoint le Front de libération nationale du Tchad, (Frolinat). À partir de 1974, il se fait connaître à l'étranger en retenant en otage, durant trois ans, l'ethnologue française Françoise Claustre, obligeant la France à négocier avec la rébellion.

Il deviendra ensuite Premier ministre du président Félix Malloum, avec qui il rompra, puis ministre de la Défense de Goukouni Weddeye, président du Gouvernement d'union nationale créé en 1979 avec qui il rompt déclenchant ainsi une guerre civile à N'Djamena.

Soutenu par la France et les États-Unis, entre autres... Il triomphe de Goukouni Weddeye et rentre victorieusement à N'Djamena en 1982. Son régime dictatorial durera huit ans.

Le règne de Hissène Habré aura été de braises pour ses opposants, réels ou supposés. En janvier 1992, après le renversement du régime Habré, plusieurs fosses communes ont été découvertes à 25 km de la capitale. Certaines fosses contenaient jusqu'à 150 squelettes des détenus exécutés par la tristement célèbre police politique (DDS). Le rapport de la commission d'enquête comptabilise quelque 80 000 orphelins produits par la terreur du régime Habré.

Sous la menace du général Idriss Déby, il fuit le Tchad en décembre 1990 et trouve refuge à Dakar, pour un exil qui sera paisible pendant plus de vingt ans jusqu’au début de son procès. Hissène Habré est jugé à partir du 20 juillet 2015, à Dakar. Condamné en première instance, Hissène Habré fait appel de sa condamnation. Un nouveau procès en appel eut lieu le 9 janvier 2017. Les Chambres extraordinaires africaines annoncent le maintien de la condamnation à la prison à perpétuité, peine qu'il purgera au Sénégal ou dans un autre pays de l'Union africaine. En outre, la Chambre d'appel fixe le montant des dommages que Hissène Habré devra verser à 82 milliards 290 millions de francs CFA (environ 125 millions d'euros).

Donc celui qui est mort ce mardi 24 août 2021 à Dakar est loin d’être l’homme vertueux, panafricaniste et généreux qu’on veut nous laisser en mémoire en guise d’héritage.

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