• Bacary Goudiaby/Editorial

Emigration clandestine: Voir Barça et mourir!

La mer rejettent tous les jours des corps sans vie de jeunes gens aveuglés par des sourds appels d’un prétendu Eldorado dont les portes s’ouvriraient dès les rivages froids et gris d’une Europe plongée dans une quête de solution contre la Covid-19. Et pourtant, la lutte intercontinentale contre l’émigration clandestine bat son plein.

Même si les médias occidentaux n'en font plus leur "une", la mer continue de tuer des enfants d'Afrique dans un silence coupable des états et des décideurs africains. Au Sénégal les candidats à l’émigration clandestine périssent en mer. Le drame presque quotidien se déroule dans une quasi indifférence.

Le macabre décompte des nombres de victimes tourne à flux continu dans les médias sénégalais. Depuis les rivages sénégalais, de jeunes gens l’insouciance en bandoulière s’agglutinent dans des embarcations de fortune pour comme ils le disent là-bas: "Barça wala Barsakh", "Arriver à Barcelone ou périr".

Faudrait-il le dire, même si l’émigration clandestine est un fléau que le continent noir a toujours connu, les départs "illégales et illégitimes" pour l’Europe ont enregistré, ces dernières années, des proportions insoupçonnées. Selon certaines statistiques officieuses, depuis 2006, pas moins de 100.000 clandestins ont quitté les côtes occidentales africaines. Ils auraient été comptabilisés sur un minimum de 15000 embarcations de fortune.

Pour combattre cette mésaventure qui ne cesse de faire des morts, l’Union Européenne et les pays d’Afrique particulièrement le Sénégal dont les côtes sont encore des points de départ avaient signé en Septembre 2006, un document mettant en branle un dispositif nommé "Frontex". Cette "machine" censée réduire considérablement le flux des départs pour l’Europe, a été reconduite régulièrement depuis.

Frontex est l’agence européenne des garde-frontières et des garde-côtes. Elle a été créée en 2004 et ses attributions et ses moyens ont été constamment renforcés depuis lors. L’agence Frontex est principalement chargée d’aider les États membres de l’espace Schengen à gérer efficacement leurs frontières extérieures.

Lorsqu’un nombre important de réfugiés et de migrants arrivent en même temps, les États ne sont pas toujours capables de respecter les règles de contrôle des frontières extérieures. En fonction de la gravité de la situation, ils peuvent, ou parfois doivent, faire appel à l’agence Frontex pour les aider.


Jusqu’à présent, l’Agence ne pouvait pas toujours répondre aux demandes de soutien des États car ses moyens humains et matériels dépendaient de contributions volontaires des États. En raison de la sensibilité des missions de Frontex, des dispositifs multiples ont été créée pour assurer le respect des droits fondamentaux: officier des droits fondamentaux, mécanisme de plainte individuelle et dernièrement, mise en place d’une force de contrôleurs qui doivent participer à toutes les activités de l’Agence.

Malgré cet arsenal, l’agence est sous le feu de critiques.

En effet, Bruxelles a adressé une demande d’explications à l’agence Frontex, accusée de procéder à des refoulements illégaux de migrants. D’après des enquêtes menées par différents médias, Frontex aurait procédé à des refoulements illégaux de migrants en mer Égée, à la frontière entre la Turquie et la Grèce. Et ce à au moins six reprises.

Ces médias disposent de films montrant comment, depuis le mois d’avril, des agents de Frontex ont procédé à ce que l’on appelle des "pushbacks" (refoulements) de migrants pour les empêcher d’atteindre le sol européen, une pratique illégale.

De son côté, Frontex a nié les accusations et assuré que ses agents protégeaient les droits fondamentaux des migrants et respectaient le droit au non-refoulement.

L’autre pan, non répressif, de cette lutte, prône l’ "émigration choisie". Il a permis à plusieurs candidats à l’émigration de compenser une main-d’œuvre défaillante dans plusieurs pays européens. A titre d’exemple, on estime à près de 4000 bénéficiaires d’un accord défini entre le pays de la Téranga et la patrie de Don Quichotte qui ont pu trouver un emploi depuis fin 2008.

Suite aux nombreuses pertes en vies humaines, des voix se lèvent. Des autorités religieuses aux acteurs de la société civile chacun dans son style tente de conscientiser ces jeunes candidats à l’incertitude d’un voyage périlleux d’essayer d’être utile dans leurs pays.

Les musiciens africains ne sont pas en reste dans la lutte contre ledit fléau. Nombre d’entre eux en appellent les jeunes à la raison à travers des tubes et des déclarations publiques. On se souvient du rappeur sénégalais Pacotille, qui nous a quitté depuis, qui avait déclaré lors d’un concert à Bercy: "Tout le monde doit combattre l’émigration clandestine. Le combat contre l’émigration clandestine est un combat national et humain. Nous devons considérer l’émigration clandestine comme un vol, et même une violation de domicile".

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