• B. Goudiaby/Reportage

A Blaye, jamais sans mon boulanger Diagouraga.

L’assemblée nationale française avait voté en 2007 l’amendement des textes de loi sur l‘immigration en la durcissant permettant ainsi à Nicolas Sarkozy d’obtenir une loi qui lui tenait tant: L’immigration choisie.

Et pour les Africains, cela remettait gravement en cause les actes administratifs de leurs États. Du temps où les visites médicales étaient obligatoires au départ, on a bien vu que les certificats médicaux n’étaient que des "torchons" aux yeux de l’Hexagone. Maintenant, ce sont les actes d’état civil qui sont remis en cause. Ce document qui fonde l’existence juridique du citoyen et lui confère son identité, n’est plus crédible du fait de divers de trafics d’influence et du laisser-aller qui a cours dans certaines administrations.

Les candidats à l’immigration clandestine ont donné eux-mêmes les arguments à l’Hexagone pour durcir le ton. Et c’est de bonne guerre. La France veut maîtriser le flux migratoire sur son sol et tous les moyens sont bons. Légalement, il devient de plus en plus difficile de se déplacer vers l’Europe, même pour des séjours professionnels.

Il est temps que les candidats à l’immigration comprennent qu’on n’a plus besoin d’eux en Hexagone. Les temps ont changé. Tant pis pour l’image d’une France terre hospitalière et respectueuse des droits de l’homme.

D’un côté, on verrouille l’accès et de l’autre, on se débarrasse de tous ceux qui sont en situation irrégulière, les fameux "sans-papiers".


A Blaye, une petite commune française, située dans le département de la Gironde et la région Nouvelle-Aquitaine, les habitants se mobilisent pour éviter l'expulsion de leur boulanger.

Silima Diagouraga, jeune boulanger employé en Cdi, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Lorsqu'il a reçu son Oqtf, Silima Diagouraga a du quitter son emploi. Il était salarié en CDI à la boulangerie d’une enseigne commerciale de la ville.

Sa famille d'accueil, ses employeurs et des élus locaux se mobilisent pour lui permettre de rester en France, et rappellent le parcours exemplaire de ce jeune Malien. Ils se sont réunis au marché de Blaye, dans un petit stand avec une grande banderole, des croissants, des prises de parole et une pétition à faire signer aux passants avec pour objectif de sensibiliser le plus grand nombre à la cause de Silima Diagouraga.


Arrivé en France en 2017. Dans les Landes tout d'abord, puis en Haute Gironde. Le jeune homme bénéficie de l'aide départementale accordée aux jeunes mineurs non accompagnés. Scolarisé, il entreprend un CAP en boulangerie. C’est ainsi qu’il a été accueilli par le couple Ketty et Pierre Bayle.

En dépit de ses difficultés scolaires, l'apprentissage de Silima Diagouraga se poursuit brillamment. Montrant que finalement "l’heure africaine" est un mythe, M. Diagouraga était le seul apprenti de la promo à n'avoir jamais été absent ni en retard. Renforcé par une réputation de grand travailleur, solidaire, poli et respectueux, le jeune malien se voit proposer un emploi en Cdi à l'issue de son apprentissage.

Quelques mois plus tard, la belle histoire tourne court. Silima Diagouraga reçoit une OQTF, une obligation de quitter le territoire français. Désormais en situation irrégulière, le jeune homme doit quitter son emploi.

Les services de l’État lui reprochent une mauvaise intégration et d'avoir conservé d'importants liens avec sa famille, ce que Silima Diagouraga et le couple Bayle contestent.


Plus grave, le jeune Malien est soupçonné d'avoir menti sur son âge, afin de pouvoir bénéficier de l'aide du Conseil départemental. Le jeune homme, qui déclarait avoir 16 ans lors de sa prise en charge, en avait en réalité 27.

Un mensonge qui lui a sauvé la vie, estime Ketty Bayle, elle-même dupée et qui n'a appris la tromperie que tout récemment.

Rongé par la culpabilité, Silima Diagouraga qui préfère mourir que de retourner dans son pays avoue ne plus dormir, ni manger ne cache pas son inquiétude.

Soutenu par ses deux familles d'accueil successives, ses employeurs, mais aussi par des élus locaux comme le maire de Blaye Denis Baldès ou la député Lrem Véronique Hammerer, le jeune boulanger garde tout de même espoir vue la dynamique enclenchée autour de son "combat" pour rester en France.

Une page Facebook a même été créée et une pétition en ligne a déjà recueilli plusieurs signatures.

Son Comité de soutien dans le souci de démontrer la parfaite intégration du jeune homme dans la commune, s’est même rapprochée d’une avocate afin de déposer un recours contre la décision administrative lui intimant de quitter le territoire français. Ils entendent par cet acte donner quelques jours de répit au boulanger Diagouraga puisqu’une fois le recours déposé, l'obligation de quitter le territoire est suspendue, tant que le juge administratif n'a pas statué sur le dossier.

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