• D221info

24 Janvier: Journée Mondiale de la Culture Africaine.


Proclamée, à l’occasion de sa 40ème session de la Conférence générale en 2019, la Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante est célébrée le 24 janvier. Cette journée mondiale met en valeur les nombreuses cultures vivantes du continent africain et des diasporas africaines dans le monde entier. Elle se positionne et est perçue comme un levier efficace au service du développement durable, du dialogue et de la paix. En tant que source riche du patrimoine mondial commun, la promotion de la culture africaine et afro-descendante est indispensable pour le développement du continent et pour l'humanité en général.

Le 24 janvier coïncide avec l’adoption de la Charte de la renaissance culturelle africaine, adoptée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine en 2006. La célébration de cette journée se propose aussi de promouvoir la plus vaste ratification et mise en œuvre de cette Charte par les États africains, renforçant ainsi le rôle de la culture dans la promotion de la paix sur le continent.

Cette journée comme tout au long de l'année doit être un moment où l’Africain en général et le Noir en particulier doit se pencher sur ses propres références. Certes, il y a beaucoup à apprendre, à partager et à célébrer à l'occasion de la Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante mais il est aussi temps faire un grand voyage vers le "Wakanda".


Quels héros pour l’Afrique?

Un des nombreux thèmes sur lesquels on pourrait réfléchir à l'occasion du 24 janvier. Quels sont les héros qui meublent notre imaginaire dans nos rêves d’enfants dans les savanes d’Afrique et celui de nos enfants aujourd’hui? Lorsque j’étais petit, et que je suivais mes oncles sur les pistes à la recherche de gibier pendant les vacances scolaires, mes héros légendaires s’appelaient Tom Sawyer, Roland, Oliver Cromwell, Guillaume Tell, le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde, Robin des Bois, Bouba le petit ourson... etc.

Le Princesse Yennega

C’étaient ceux que je découvrais dans les livres que j’allais lire à la bibliothèque du Centre social ouvert par les Pères Jésuites dans le quartier de mon royaume d’enfance ou à la télévision. Il y avait aussi des héros aux regards bleu-azurs, et au nez droits dont je ne me souviens plus des noms. Leurs histoires et leurs épopées étaient merveilleuses et me faisaient voyager si loin de mon petit quartier oublié au milieu des constructions d’une ville en quête de modernité et d’immensité. Puis, il y eut les héros imaginaires que je découvris dans les bandes dessinées, et qui avaient pour noms Akim, Blek le Roc, Miki le Ranger, Zembla, Rahan, le fils des âges farouches, Lucky Luke, Astérix, Davy Crockett et tant d’autres. C’est beaucoup plus tard que je découvris mes propres héros, ceux de mon histoire à moi, ceux de ma culture.

Ils avaient pour nom Aline Sitoë Diatta, Abla Pokou, Soundjata Kéïta, El Hadj Oumar Tall, la princesse Yennega, Chaka Zoulou, Anne Zinga, etc... Chaque peuple a ses héros mythiques, ses légendes fondatrices. Celle des Baoulé ressemble étrangement à celle de Moïse. Il y a un peuple poursuivi par des ennemis, qui se retrouvent devant un obstacle naturel inattendu. La Mer Rouge dans l’histoire de Moïse, le fleuve Comoé dans celle d’Abla Pokou. Dans les deux cas, les deux héros réussissent à faire traverser l’obstacle à leurs peuples grâce à une intervention miraculeuse, ou divine si l’on veut. Chez les Baoulé, cette intervention divine se fait à la suite d’un sacrifice, et, après cette traversée naquît un nouveau peuple.

Un peuple qui prendra précisément pour nom cet acte de sacrifice suprême. Je la trouve très belle, cette légende et pleine d’enseignements sur lesquels l’on pourrait écrire plusieurs thèses. Encore plus tard, je compris que ces légendes et histoires héroïques de l’Europe qui avaient bercé mon enfance avaient aussi pour fonction d’enseigner certaines valeurs aux jeunes enfants et véhiculer une certaine idéologie. Lorsque l’on s’identifie à un héros, l’on a envie d’avoir ses qualités. Et les qualités de ces héros étaient justement l’héroïsme, le patriotisme, la bravoure, le courage, la bonté etc. Nous avons nos contes qui ont leurs héros, leurs morales, leurs leçons. Nos légendes sont pleines de leçons qui pourraient nous enseigner bien de choses en ces temps où l’on déplore le manque de repères chez les générations «Chinap', Insta...» actuelles. Nos contes véhiculent eux aussi beaucoup de valeurs positives, car le bien y triomphe toujours du mal, et l’intelligence de la bêtise. Kakou Ananzè, l’Araignée des contes Akan ou Leuk le lièvre des contes sénégalais triomphent toujours de Bouki ou Gboklo Koffi l’hyène.

Pas de transmission...

Mais combien d’enfants de notre époque connaissent nos contes, nos héros, nos mythes fondateurs? Qu’est-ce qui nourrit leur imaginaire aujourd’hui?

Les Mangas? Dora? Wonder Woman, Lara Croft... Je ne sais plus. Connaissent-ils les héros de notre histoire, de leur propre histoire? Les leur enseigne-t-on à l’école? Je l’ignore. J’aurais dû le savoir, je le confesse. Alors, quels sont nos héros historiques ou mythiques? C’est aux historiens de les débusquer, et aux créateurs que sont les écrivains, les cinéastes, les musiciens, les créateurs de bandes dessinées, les peintres et autres, de les populariser. Des devanciers ont déjà débroussaillé le chemin. C’est à la génération actuelle d’historiens et de créateurs de poursuivre le travail.

Toute œuvre de fiction porte, volontairement ou non, une idéologie. Il y eut une série télévisée sur Chaka Zoulou qui eut beaucoup de succès dans toute l’Afrique. Mais elle fut réalisée par des Blancs sud-africains. Ils nous ont livré leur vision de cet homme. A quand la version africaine?

Avec la facilité que proposent les outils technologiques des réalisations nous rassurent. Il est possible aujourd'hui de faire résonner son rire dans le voisinage en regardant Gowou et ses camarades dans «Le parlement du rire». L'épopée mandingue de Soundjata sous forme de dessins animés a permis un léger espoir chez une génération fière à la recherche de son histoire.

Nos souvenirs nous portent vers ces années de lancement à Ouagadougou, d’une série télévisée sur la princesse Yennega, du royaume de Dagomba et fondatrice du royaume Moogo rassemblant les peuples Mossis. Quelques Burkinabés avaient protesté parce que, disaient-ils, Yennega était l’héroïne d’un seul peuple au Burkina Faso et non celle de tout le pays. Pourtant on pourrait bien se dire, que bien qu’Ivoirien, camerounais ou angolais, on pourrait s’appropriait aussi l’histoire de la princesse Yennega, parce qu’on était tout simplement Africain.


A côté de nos héros mythiques, quels sont nos héros d'aujourd'hui?

Lors d’un de ces débats interminables que nous avons le secret, un ami m'avait parlé des footballeurs comme les héros de la jeune génération. Ne sont-ils pas plutôt des héros éphémères dont nous n’admirons en réalité que la célébrité et l’épaisseur du compte en banque, et qui seront vite oubliés dès la blessure ou l’âge fatidiques qui mettra fin à leur carrière?

Aux Etats-Unis et en Europe les héros sont ceux qui sont devenus milliardaires en un temps record. Il a suffi que la conjoncture tourne pour qu’ils soient vite oubliés, ou même parfois jetés en prison. Je crois pour ma part que les véritables héros de l’Afrique devraient être ceux qui ont porté ou portent toujours un idéal qui épouse nos aspirations d'hier, d'aujourd'hui et de demain. La question est de savoir quelles sont les aspirations de nos pays, de notre continent.

Et là, c’est un autre débat.

  • Facebook - Black Circle
  • Twitter - Black Circle
Merci de nous laisser votre avis dans un esprit de respect et de tolérance