• Bacary Goudiaby/Editorial

Ibrahima Mbodj: Portrait du "nouveau" Consul général du Sénégal à Lyon.


Le Président de la République a présidé le Conseil des Ministres, le mercredi 04 décembre 2019. Et au titre des mesures individuelles, le Président de la République a pris les décisions suivantes:

(…)

Monsieur Ibrahima MBODJ, titulaire d’un Master en Science politique, matricule de solde n°657770/H, précédemment Vice- Consul du Sénégal à Lyon est nommé Consul général à Lyon (République française), en remplacement de Monsieur Alioune DIOP.


Ce sont ces trois lignes qui peuvent changer en bien ou mal et manière durable ou pas la vie d’une femme ou d’un homme politique. Ce sont ces trois lignes qui ont consacré la vie politique d’Ibrahima Mbodj qui passe de Vice consul à Consul général du Sénégal à Lyon.

Le "nouveau" Consul du Sénégal à Lyon, un pur produit de la communauté du sénégalaise de Lyon, un homme au parcours politique aussi tortueux que sa volonté et sa quête de reconnaissance politique au sein des différents partis et mouvements politiques dont il a fait partie. C’est dans le sillage de la vague de l’alternance qu’a connu le Sénégal en mars 2000 que le jeune Ibou Mbodj, comme on l’appelle affectueusement crée la section lyonnaise de l’ Union des Jeunesses Travaillistes et Libérales dont il en fut le seul et unique Secrétaire général connu à ce jour. Ces années il les consacra à un dévouement de "Bayefall" au Pape du Sopi qui était vu à l’époque comme le messie par la majorité des jeunes sénégalais avec ses réalisations pharaoniques et ses promesses sorties droit d’un conte de "Maam Yakhy Laalo" comme en témoigne cet extrait d’une tribune que nous avions reçu du Secrétaire général de l’Ujtl de Lyon le 03 juin 2007: "La gestion d’un Etat nécessite un contre pouvoir, mais avec l’acte posé par cette opposition, qui je le signale, est sous l’emprise de leurs stricts intérêts particuliers…La Vox populi qui s’est fortement exprimée lors des élections présidentielles se rend compte aujourd’hui qu’elle ne s’est pas trompée de choix en portant une nouvelle fois la coalition Sopi au pouvoir. Notre opposition a révélé au monde entier son sens de l’irresponsabilité et son désintéressement total de l’intérêt général du peuple sénégalais".

Le dynamisme de l’Ujtl de était à la mesure des jeunes galvanisés par le coup de pouce des nouveaux maîtres du Sénégal qui offraient des bourses à la volée. Puisqu’il fallait investir dans la jeunesse. Il est connu que les organisations des diasporas sénégalaises sont la caisse de résonnance de la vie politique au pays. Accusé d'avoir habilement, tout en restant dans la grande famille libérale, glissé vers la nouvelle "Génération du concret". Ce mouvement autour du fils du président qui lui servirait de rampe de lancement pour des joutes électorales futures. Ce mouvement à l’image de son leader Karim Wade, sans objectif clair et sans positionnement assumé mourut de sa propre mort sans tambour ni trompette. C'est en août 2007 au cours d'une conférence de presse des représentants de l'Ujtl de France que Mbodj a eu à clarifier sa position. Porte-parole du jour, il suggère la mise en place d'une commission impliquant toutes les composantes du Parti Démocratique Sénégalais pour discuter de la question de du leadership et d'appeler leurs camarades de la "Génération" à se ranger dans le parti. Peut-être les débuts d'une fronde interne.


Au loin un vent nouveau se levait dans la contestation face à une tentative de dévolution monarchique du Père qui voulait par la force de son magistère imposer son fils comme successeur potentiel. Les sénégalais commencèrent à monter leur opposition. Le Président de l’assemblée nationale d’alors, un certain… Macky Sall sonna la levée de bouclier en "osant" convoquer Karim Wade devant les députés pour une audition sur sa gestion des deniers publics. Ce que Abdoulaye Wade considéra comme un crime de lèse majesté. C’était le divorce entre Macky et son "père". A Lyon comme dans les diasporas sénégalaises, le voile brumeux qui cachait les yeux en se levant fit prendre conscience aux ressortissants sénégalais de la gabegie autoritaire du pouvoir du Sopi. Des mouvements de contestation fleurirent de partout. Lyon ne fut pas en reste. Des jeunes regroupés au sein d’un collectif dénommé «Gaal-gui» prirent en charge la contestation initiée au Sénégal dans le cadre du Collectif M23 avec la bénédiction complice d’Ibrahima Mbodj.

Le monument de la "Renaissance africaine" construit dans la capitale sénégalaise suscitait des interrogations.. Cette attraction touristique controversée à l’initiative du président Abdoulaye Wade, expliquée comme "Cette Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière", aura coûté au total, 27 millions de dollars qui n’expliquait pas un taux de chômage important. C’est dans ce contexte que des membres du collectif «Gaal-gui» de Lyon ont envahi le Consulat Général du Sénégal à Lyon, Mardi 22 décembre 2009. Mangoné Tall, porte-parole du Collectif explique leur action en ces termes : "Nous voulons contribuer aux débats en cours, dans de nombreux foyers sénégalais sur la question du monument de la renaissance notamment sur la distribution de ses recettes, une question qui tient à cœur tous les Sénégalais". Les membres du collectif occupaient régulièrement les locaux de la représentation du Sénégal à Lyon.

Suite à une plainte de M. Idrissa Diagne, Ibrahima Mbodj eut à répondre à une convocation de la police française. Se sentant concernée, la communauté sénégalaise de Lyon avec à sa tête l’association des footballeurs de Sen-Lyon se mobilisa pour soutenir "leur jeune frère". Le phénix renait de ses cendres.


En avril 2012, Macky Sall est élu président du Sénégal. En voyage au Sénégal pour la cérémonie d’investiture du président nouvellement élu, Ibrahima Mbodj revint légitimé de sa rencontre avec les nouveaux maîtres du pays et des ses faits d’armes passés pour prendre les reines de la formation politique présidentielle à Lyon. Mais c’était sans compter sur la communauté "Hal puulaar" qui voulut formaliser le "Déddou ko bamdoum", cette tentation de gestion communautariste du pouvoir. Ainsi après plusieurs tentatives infructueuses Ibou Mbodj trouve la parade en créant la section Lyon Ouest de l’Apr. Les foudres de ces détracteurs ne se sont pas fait attendre. Les tirs croisés n’ont eu raison de cette volonté affirmée de s’imposer comme le seul et unique Leader de l’Apr à Lyon.

Voir le communiqué ci-après signé par Abdoulaye Mall, le responsable des jeunes de l’Apr;

"Suite à une rencontre organisée par les jeunes de la section APR de Lyon le 03/02/2016 il a été convenu d'interpeler la DSE sur les agissements de Monsieur Ibrahima Mbodj membre de la DSE et vice-consul du Sénégal à Lyon.

En effet depuis la création de la section APR Lyon en 2010 Ibrahima Mbodj s'est illustré par ses nombreuses tentatives de déstabilisation de la section.

Nous trouvons cela injuste car son rôle entant que vice-consul devait être de fédérer les sénégalais de la diaspora au tour d'un idéal commun afin de pouvoir accompagner son excellence Monsieur le président de la République Macky SALL dans sa politique économique et sociale. Du coup; le seul opposant actuel sur le terrain c'est Monsieur Ibrahima Mbodj qui malheureusement utilise son manteau de vice-consul du Sénégal à Lyon pour combattre la section Apr et ses alliés pour ses intérêts personnels.

Nous sommes plus que jamais déterminés à faire face à son comportement irrespectueux vis-à-vis de la section APR Lyon et du Parti".

La riposte ne s’est pas fait attendre. A travers une tribune, Caroline Conteye et Mamadou Diarra, respectivement Coordonnatrice et Coordonnateur adjoint de la Coordination de la Section Apr de Lyon Ouest, considèrent que "Souhaiter l’affaiblissement du Vice-consul de Lyon, c’est affaiblir notre propre parti, c’est réduire nos chances de permettre la réélection de notre Président candidat à un deuxième mandat". Et de conclure, "La Section Apr Lyon Ouest ainsi que la majeure partie de la communauté sénégalaise s’indignent et condamnent fermement l’article écrit à l’encontre du Vice-consul de Lyon, Ibrahima Mbodj".


Comme un roseau soumis à la violence des vents, Ibrahima plie mais ne rompt pas. Sa position en sa qualité d’adjoint d’Alioune Diop, Consul général du Sénégal à Lyon, n’était pas non plus d’une grande sérénité. La coexistence entre deux fortes personnalités ne rendit pas es choses faciles. Il accepte sa position de second en se concentrant sur les activités économiques et associatives au profit de son pays. Il se montrait souvent en compagnie de promoteurs économiques ou de chefs d’entreprises s’intéressants au Sénégal.

Au moment où il était question de la suppression de consulats, on peut encore se pose la question sur leur utilité. Le premier chantier du nouveau consul doit d’abord réconcilier cette Maison du Sénégal avec les compatriotes de la juridiction. Lyonnais avant tout, on espère que le dictons qui veut que l’on ne soit pas prophète chez soi ne prospère pas. Il faut que le nouveau Consul qui s’est toujours réclamé de cette communauté sénégalaise de Lyon s’en souvienne. Le Sénégal a beaucoup perdu depuis l’instauration d’un consulat à Lyon en 2005. Il faudrait tout simplement à Ibou de pouvoir réinstaurer des relations dépouillées et basées sur des rapports citoyens. Aussi, se souvenir tant soit peu les raisons pour lesquelles les voitures qui les transportent bénéficient d'une plaque minéralogique "diplomatique".


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